Paco et les bulles jusqu’à la lune

Paco adore souffler des bulles. Il porte toujours sur lui son petit flacon.
Il souffle des bulles à longueur de journée, tel un musicien jouerait ses notes. Pour lui, chacune de ses bulles est un éclat de musique.

Il adore admirer les sphères qu’il vient de créer.
Certaines sont minuscules, d’autres gigantesques.
Parfois, elles éclatent aussitôt au sol.
Souvent, elles flottent quelques instants…
… puis rencontrent une chaise ou un mur et disparaissent dans un ploc.
D’autres encore s’évanouissent dans le ciel : un petit cri de déception lui échappe quand il n’arrive pas à les rattraper.
Néanmoins, le plus souvent, il rit quand elles éclatent entre ses petits doigts.

Depuis quelques temps, Paco souffle aussi des bulles… la nuit. Mais pour une raison différente. Il souffle un vœu comme on souffle une bougie d’anniversaire.

Quand le manteau noir du ciel apparaît, accompagné de la lune et des étoiles, il reste éveillé.
Il s’accoude à la fenêtre de sa chambre, des minutes entières.
Tous les enfants dorment.
Mais lui, il envoie des bulles à la lune et aux étoiles.
À chaque astre qui scintille, il murmure un vœu dans une bulle :
– J’aimerais être plus grand.
– J’aimerais être plus intelligent.
– J’aimerais être plus courageux.
– Je souhaite…

Mais ce soir, Paco s’inquiète.
Aucun de ses vœux n’a été exaucé.
Rien ne change. Il est toujours le même.
Pourtant, il en a envoyé des milliers de vœux.
Peut-être que ses bulles sont trop petites ?
Ou trop fragiles pour atteindre les étoiles ?
Peut-être devrait-il raccourcir le trajet entre sa maison et le ciel ?

Le lendemain, Paco a une idée. Il va souffler des bulles, mais le plus haut possible. Ses bulles auront moins de distance à parcourir jusqu’aux étoiles.

Le soir même, accompagné de son grand frère, il court au parc juste à côté de sa maison. Il y a un toboggan, des balançoires, des ponts suspendus, des jeux à bascule mais surtout une immense pyramide de cordes rouges.

Paco ne l’a jamais escaladé. Il n’est pas rassuré. Son cœur bat vite. Il a peur. Mais il souhaite vraiment que ses bulles-vœux atteignent les étoiles.

Alors il monte. Précautionneusement, il s’agrippe aux cordes, une après l’autre. Parfois, il regarde en bas, son grand frère semble si petit. Mais il ne s’arrête pas.


Il glisse un peu, hésite. Mais il continue. Parce que dans son flacon, il y a beaucoup de vœux qui attendent d’être libérés.

Il arrive enfin tout en haut de la pyramide. Il n’entend que le vent qui s’engouffre dans les cordes et le ululement d’un hibou lointain.
Il contemple la voûte céleste.
Elle est tellement vaste.
Paco sort sa baguette violette.
Il sourit doucement puis souffle une bulle, en espérant qu’elle atteigne le firmament. Elle s’échappe très rapidement dans le ciel étoilé. Il la contemple longtemps, les yeux pleins d’espoirs, jusqu’à sa disparition.

Malheureusement, la nuit suivante, malgré son courage et sa détermination, rien ne change. Paco est triste. Il a l’impression d’être une fleur sans pétale.
Peut-être que ses vœux ne valent rien ? Peut-être qu’il ne le mérite pas ?
Il regarde la lune, comme chaque soir. Mais cette fois, il a les yeux pleins de larmes. Des gouttes salées glissent sur ses joues.


Alors, il se jure que cela sera sa dernière bulle. Il prend une grande inspiration. Puis souffle une nouvelle et ultime bulle. Elle est parfaitement ronde. Mais celle-ci est différente : elle a des reflets argentés, exactement comme la Lune.

Elle s’envole, brillante et silencieuse.
Elle survole le jardin de Paco, sa maison…
… puis d’autres maisons, des immeubles, des forêts, des montagnes.
Elle monte dans le ciel, lentement.
Paco l’observe, émerveillé.
Elle traverse des nuages doux comme du coton.
Elle vogue entre les étoiles…
… et devient de plus en plus minuscule.
Puis elle atteint la grande lune.
Elle se pose pile en son centre…
Et s’évanouit dans un jet de lumières argentées.

Pile au même moment, un éclat de cette lumière rebondit dans la chambre de Paco.
Il s’aperçoit alors dans le miroir, juste en face de lui.
Une voix douce lui murmure à l’oreille :
– Tu crois que je vais porter ton souhait…
Mais c’est toi qui le tiens.
Toi seul.

Paco reste immobile. Il sait que c’est sa bulle qui a parlé.
Il sourit.
Il n’est pas plus grand.
Ni plus intelligent.
Mais il comprend que le courage, c’est de croire et d’essayer.
Cette nuit-là, Paco est fier de lui.
Fier jusqu’à la lune et aux étoiles.

Et toi…
As-tu déjà soufflé des bulles jusqu’à la lune ?
Peut-être qu’une de tes bulles veille sur tes rêves, là-haut.
Tends bien l’oreille…


© Lyx – Cette histoire est une œuvre originale protégée par le droit d’auteur. Toute utilisation sans autorisation est interdite.


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